Oser le Made in Québec dans une industrie « Made in China »

Les années 1980 ont vu naître la globalisation qui a agrandi les zones de commerce et entraîné la délocalisation de la production des biens de consommation des pays industrialisés vers les pays émergents (Roy et Munger, 2016 : 196). Alors que ces derniers dominent la scène du commerce international au niveau des exportations et de la production de biens de consommation, certains entrepreneurs osent relever le défi d’une production locale qui comporte son lot de difficultés, mais aussi de nombreux avantages. Pour nous aider à comprendre ces avantages, Bottes Anfibio inc. et Woodstock et Cie ont accepté de répondre à nos questions.

Portrait de la situation mondiale

crédit: Pixabay

La mondialisation est un phénomène présent en économie depuis plusieurs siècles. Elle est inhérente au concept de commerce international, mais elle a pris des proportions gigantesques au cours des dernières décennies, devenant littéralement omniprésente dans le paysage économique. Cet accroissement est dû à l’atteinte de sa troisième phase, appelée globalisation. Lors de cette phase, on assiste à une sorte d’abolition des frontières territoriales du commerce et de l’industrie. En effet, on définit la globalisation comme « le développement d’une gestion des ressources à l’échelle planétaire par les acteurs économiques, avec la mise en place d’institutions pour les encadrer » (Roy et Munger, 2016 : 196). Le tout se traduit par une délocalisation de la production vers des régions où les coûts de production sont moindres. C’est grâce à ce processus qu’émergent de nombreux pays sur la scène du commerce international. Alors qu’on dépeint la scène commerciale internationale comme hyper concurrencée et décentralisée, pourquoi des entreprises voudraient-elles localiser l’entièreté de leur production localement ? Comment font-elles face à cette pression commerciale ? Quelles difficultés rencontrent-elles et quelles sont leurs solutions à ces problèmes ? De ces questionnements m’est venue l’idée de tracer un portrait du chemin parcouru par ces petites entreprises pour mener à bien leurs ambitions.

Motivations des entreprises

Lancer un projet d’affaires dans la Belle Province requiert non seulement son lot d’audace, mais aussi plusieurs sources d’inspiration. Bien que ces dernières varient d’un entrepreneur à l’autre, on observe tout de même quelques constantes, par exemple le désir de participer à mouvement de société plus grand que soi. Chaque entrepreneur choisissant de produire au Québec est animé d’une volonté de contribuer à l’économie locale, que ce soit en créant de l’emploi ou en encourageant la consommation de produits d’ici. Fier du savoir-faire québécois, il recherche la durabilité et la qualité des produits, démontrant ainsi que le prix du « Fait au Québec » est justifié.

C’est aussi pour répondre à des motivations personnelles que les entrepreneurs choisissent de se lancer dans l’aventure. Au lieu de choisir le chemin de la facilité, ils préfèrent le plus moral. À ce sujet, Catherine Tapin et Philippe Lefebvre de Woodstock & Cie énoncent « Sur tous les aspects, la fabrication et la distribution locale étaient les seules possibilités que l’on considérait. Non pas que c’était les seules options possibles, parce qu’on va se le dire, faire produire en Chine, d’un point de vue économique, a son lot d’avantages. Mais pèsent cent fois plus lourd pour nous des motivations telles que la sauvegarde de l’environnement et les considérations éthiques. » L’achat local, en écho à ces motivations, permet de dynamiser l’économie locale et fait du Québec un terreau de plus en plus fertile pour les idées et les entreprises d’ici.

Crédit : Woodstock & cie

Avantages d’une production locale

Bien qu’une production à l’étranger semble moins coûteuse pour les entreprises, il existe tout de même une variété d’avantages à fabriquer ici. Tout d’abord, la faible distance entre le lieu de production et le siège de l’entreprise facilite la gestion. Cette proximité permet de rendre les produits plus accessibles, mais aussi, pour les entreprises, de mieux contrôler l’échéancier de production. Questionné sur cet aspect, Peter Cappello de Bottes Anfibio inc. explique : « Fabriquer des produits qui sont tendance avec un court délai d’exécution est un avantage, car, à l’extérieur, il y aurait un délai de six mois. Nous pouvons offrir à nos détaillants un délai de livraison plus et avoir des commandes urgentes. De plus, nous avons plus de contrôle sur la vérification de la qualité. Ceci nous différencie autres marques. »

crédit: Bottes Anfibio inc.

Qui dit proximité dit également moins de transports notamment en porte-conteneurs, qui sont particulièrement polluants. Enfin, les personnes employées dans la fabrication des produits sont protégées par des lois et ont des garanties leur assurant un salaire minimum et des conditions de travail sécuritaires.

Impacts de la mondialisation

Le poids de la mondialisation peut être lourd pour les entreprises locales. Tout d’abord, la globalisation a changé les modes de vie de l’individu moyen, plus précisément en ce qui concerne ses habitudes de consommation. Avec l’apparition de la surconsommation, les individus désirent posséder une quantité maximale de biens pour des coûts minimes, voire dérisoires. Cette nouvelle conception de l’achat nuit aux entreprises qui privilégient des biens de qualité à juste prix. Celles-ci doivent donc entreprendre un travail d’éducation envers la population et promouvoir les bienfaits de l’achat local. Catherine Tapin et Philippe Lefebvre de Woodstock & Cie illustrent bien cette problématique par les propos suivants : « Nous sommes d’avis que, dans la vie, chaque chose a un prix et c’est notre éternel combat. Chaque fois qu’on paie moins cher pour quelque chose, quelqu’un ou quelque chose quelque part en paie le prix à notre place. Ça peut être une autre personne, nos océans, nos forêts, des enfants, d’autres entreprises, etc. Il n’y a rien de gratuit. »

Crédit photo : Pixabay

La mondialisation accroît considérablement la concurrence sur le marché. Les entreprises locales ne doivent pas seulement rivaliser entre elles, mais aussi contre le monde entier. Dans certains cas, les entreprises québécoises se voient réserver moins d’espace sur les étalages en raison du prix plus élevé de leur marchandise. Ce déséquilibre du jeu de l’offre et de la demande force les créateurs québécois à adopter des stratégies nouvelles pour mettre en valeur leurs produits. Chez certains, comme Peter Cappello de chez Bottes Anfibio inc., cela se traduit par une spécialisation, c’est-à-dire une diminution du nombre de modèles : « La difficulté de rivaliser avec des marques étrangères, la concurrence accrue et la réduction de l’espace sur les étagères des détaillants ont gros impacts sur notre façon de procéder. Cela nous affecte, car nous sommes limités dans ce que nous pouvons fabriquer en raison de coûts de fabrication élevés. Pour ces raisons, nous avons décidé de spécialiser bottes d’hiver de cuir imperméables et concentrer sur un produit de qualité. »

Défis d’une production québécoise

Outre la mondialisation, des réalités québécoises sont aussi source d’embûches pour les entrepreneurs d’ici. Non seulement ces derniers doivent appliquer une gestion interne impeccable, mais ils doivent également être prêts à effectuer de la formation. Effectivement, vu la crise de main-d’œuvre que traverse présentement la province, les entreprises d’ici arrivent à combler leurs besoins en employés qu’en les formant elles-mêmes.

Crédit : Pixabay

Lutter contre la mondialisation et les embûches locales

Avec le temps, les entreprises locales ont adopté de nombreuses mesures pour venir à bout des obstacles. Un des éléments cruciaux est le modèle d’affaires. Ce dernier doit être développé de manière exhaustive, prenant en compte, dans la mesure du possible, toutes les contraintes et réalités du marché. Woodstock & Cie en a justement créé un sur mesure pour leur entreprise : « De plus, comme les consommateurs ne sont pas prêts à se ruiner pour acheter un meuble de haute qualité fabriqué localement, on a dû penser notre modèle d’affaires de sorte à réduire l’écart entre le coût lié à la fabrication du produit et le prix payé par le client final. C’est donc en éliminant tous les intermédiaires entre le fabricant et le consommateur , en fabriquant sur commande uniquement et en vendant en ligne qu’on y arrive. »

Cela s’accompagne d’une image de marque forte qui attire la clientèle. Évocatrice, celle-ci doit accrocher le futur client et lui donner envie d’en savoir plus. Les entreprises ne doivent pas reculer devant l’adversité, mais plutôt oser pour se démarquer. Elles doivent miser sur des produits de qualité et durables ; c’est ce qui fait la force des créations québécoises. Selon Catherine Tapin et Philippe Lefebvre de Woodstock & Cie, les entreprises locales doivent se démarquer parmi l’éventail de produits disponibles : « Il faut réussir à créer une marque avec une identité forte pour pouvoir réussir à inspirer les gens à changer leur façon de consommer. Il faut arriver à toucher leur cœur avant de toucher tête. Il faut avoir confiance en ses convictions et être prêt à ne jamais y déroger. Il faut connaître sa valeur et tout mettre en œuvre pour la faire valoir. Il faut être cohérent dans ses actions. Il faut sortir des sentiers battus et offrir une valeur ajoutée. Il faut être fort et différent. »

Crédit : Woodstock & cie

Toutefois, ces mesures ne suffisent pas toujours à permettre aux créateurs québécois de faire rayonner leur savoir-faire et à développer le plein potentiel de leur entreprise. Pour remédier à cela, il est nécessaire qu’un soutien soit en place pour soutenir les entreprises d’ici : « Nous avons besoin soutien de nos trois niveaux de gouvernement pour rester compétitifs. Des programmes de subvention doivent être créés pour nous aider à investir dans la machinerie technologie, ainsi que des programmes la main-d’œuvre. » (Peter Cappello, Bottes Anfibio inc.)

Conclusion

C’est avec détermination et audace que les entreprises québécoises s’établissent et produisent ici. C’est également avec courage qu’elles relèvent au quotidien les défis que pose une production centralisée, cherchant toujours à donner le meilleur d’elles-mêmes tout en promouvant des valeurs d’éthique, de consommation responsable et de respect de l’environnement. Sans tomber dans le chauvinisme, il est de notre de devoir en tant que citoyens d’encourager nos entreprises locales, de les mettre sous notre égide pour leur assurer réussite et prospérité. Soutenir les entreprises d’ici, c’est s’assurer de posséder des produits respectueux de l’environnement et de l’humain, mais c’est aussi condamner des pratiques environnementales douteuses, refuser de soutenir un mode de production ayant recours à l’exploitation et se positionner contre un système capitaliste devenu inhumain.

Révisé par Mélanie

Bibliographie

GUAY, Jean-Herman. « Exportations de biens et services (US$ courant) 2017 », Perspective monde. Outil pédagogique des grandes tendances mondiales depuis 1945, , http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/

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PELLETIER, P. « Asie (Géographie humaine et régionale) : Espaces et sociétés »,Universalis, , s.d., http://www.universalis-edu.com

ROY, Dominic et Raymond MUNGER. Économie globale : Les principes fondamentaux, 4e édition, Montréal, Québec : Groupe Modulo Inc.

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